Les apparences s'emparent de l'instant. L'un des jeunes se met à rire, ses tripes s'agitent et s'entrechoquent, entre vérité et spectacle. Il avale son verre d'un trait et le repose confus, voilant puis exposant la fierté feinte de son ingurgitation. « De la pisse d'opposition, l'écolo libertaire et le flic libéral c'est de la baise agréée par le ministère. ». La flamme d'un briquet vient fendre l'air au milieu des mouvements brusques et peu naturels. La petite société s'emballe, écrase l'un puis s'agenouille devant les conventions. Chacun vient peindre sa propre image, et tout le monde n'a pas les mêmes pinceaux. Les tintements sonores orchestrent les discussions. Deux gangsters de plastique négocient leur avance sur leur consommation. Une fille rit avec ce qu'elle croit être sincérité, une autre ailleurs sourit, il le faut bien, fait mine de se poser sur le canapé que la cendre chaude s'emploie à décorer, et repart elle ne sait où.
« Des anarchistes hein, une main sur la Bible l'autre sur la tige... Mais pour y arriver, pas de culture hors de ce crottin, ton avenir éclairé ce sera les mains dégueulasses ou au fond du trou mon pote, la liberté on dit.». Autour de la table basse, la petite élite de ce monde, les esprits vifs, ceux qui rient leur voisin en survêtement et s'assoient sur la bourgeoisie modeste, s'y mêlant parfois selon leurs intérêts. Si l'ombre enfumée d'un terrain vague ne s'accorde pas sans mal aux chemises et mocassins, toute ascension sociale consent bien quelques sacrifices. Et le réfractaire peut bien s'accommoder d'un uniforme.
« - Les grands Charles et François l'avaient mise bien profonde au drapeau rouge hein. Ca commence là la pisse d'opposition comme tu dis.
- De Gaulle l'avait mise profonde aux Ricains aussi. »
Deux corps se resserrent. La musique discordante des voix s'intensifie dans l'air opaque. « Deux avions pour trois tours qui tombent. Mort aux marxo-fascistes quoi, un vrai rebelle ça s'vaccine, sortez les seringues, ça s'perfuse à la peur z'ont dit. Mort aux sauvages merde ! Une chance la grippe ils disent là haut. Ca sonne pareil en bas, sauf que là ça résonne complot ils disent ceux de la haute. Ces ordures rentières déblatèrent pas dans une cave crade avec des crucifix de traviole et des robes bizarres, non dans les papelards officiels j'te dis.». L'½il vitreux : « La mécanique tourne plus vite quand la masse encrassée se pisse dessus, hein, faut bien de l'huile au moteur... »
Les esprits sont ralentis et les corps s'agitent, recouvrant certains fredonnements inconscients. Minuit et demi. Une voiture arrive. « C'est qui bordel ? ». Les cordes grésillent, sous une mèche, un froncement de sourcils. Plus loin, Kévin relève sa casquette et porte un regard rapide sur le guitariste affalé. Tolérable cette merde ? Il reprend son téléphone crachant de la variété urbaine et commence à remuer ses lèvres gercées. Deux portières claquent. Mieux vaut préserver le fond de sa gorge ce soir. Des pas qui s'éloignent du salon vers la nuit.Le vacarme des conversations se fige un instant. Une voix s'élève, les petits chefs s'agitent sur le canapé, une silhouette à l'extrémité de celui-ci s'emploie avec toute la discrétion possible pour ne pas en glisser. A cheval entre le matelas et le vide, une lutte sociale imperceptible. La guitare hurle encore au milieu de cet amas électrique. Un bout de chair chétive et de tissu, une main qui glisse sur un coussin. A travers les murs, l'écho d'une discussion. Des bruits de pas. Une ombre trébuchante qui s'éloigne du canapé, une autre qui apparait sous la porte avant qu'elle ne s'ouvre.
« Bonsoir messieurs les vendeurs de vin. Je viens pour une Révolution. »
La silhouette narquoise traverse une lumière circulaire et s'avance sur la terrasse.
Une main à la ceinture, les regards ne sont plus vitreux. Le sophiste cravaté sort de ses toilettes, un moine Aubagnais tire la chasse.
« Nos joyeuses têtes blondes sont toutes là, la raie bien droite, fini les curetons, Bernard-Henri Bakounine vient leur donner l'hostie verte, en costard sur son autel ! »
Les masques se contractent et les lèvres régurgitant leur vomi se pincent. Un ½il faussement vif : « Hé Fabio ! » Deux types sortent de la même voiture la vessie pleine et les poings serrés. « Oui moi aussi, quelle exaltation insurrectionnelle à ta vue mon cher Karl ! » Le dénommé esquisse un sourire de façade et une blonde dégueulasse fait dégouliner sa moue. « Bordel Karl, qu'est ce qu'ils viennent foutre là ces enfoirés ». Les murmures s'agitent, un jeune réajuste sa mèche et tente faiblement « Alors Kévin, toujours en vie ? » Pas de réponse. Lucifer est sur les planches. « J'ai en fait entendu parler d'une soirée prévention contre les acides, alors comme tout gaulliste convaincu, me voilà tout frétillant. » Il commence à poser sa main sur la table. « Sans déconner Fabio ...Bernard Henri Bakounine... » Il s'assoit : « Ouais, j'crois que c'est c'qui convient ma chère amie. Une fourche pour chaque tête vide, le drapeau noir, tout est réuni ce soir sur cette terrasse pour notre partie de cartes ! »
- Putain il arrive. »
Le petit monde s'agite bizarrement, des bouches béatement ouvertes dans l'air enfumé aux tremblements nerveux de celui qui vient de s'essuyer le nez.
« -Adolf Hitler vient se masturber sur nos gueules, joli programme les gars.
- Dans ce cas, ici le Reichstag messieurs dames ». Poussières de tension. « - Qu'est ce qu'y dit encore ?
- Oui, vous m'avez très bien compris. Je viens pour vous incendier la face, c'est l'usage dans ma dictature. Ma dictature juste.
- Qu'est ce vous foutez avec ce malade les gars ? Putain Salim sans déconner c'est qui ce type ? »
Fabio se redresse. Les trois se tiennent là face à la masse écrasée. Un jeune à l'écart attire Salim dans un coin de la terrasse. « - T'es toujours dans l'bâtiment toi ?
- On est tous dans le bâtiment mon frère. Sous un pont. » La silhouette élancée éclate de rire face dans l'effarement général : « Mais ton ami soulève une question intéressante Salim. A c'qu'on m'a raconté pour pas mal d'entre vous ça y est ! L'éducation touche à son but. L'épanouissement comment qu'on dit hein. On m'autorise enfin à travailler, avec un patron en plus. Plus qu'un toit pas trop ébréché, la voiture électrique, ma dulcinée catin, un f½tus qui pousse, une retraite perfusée où mes cervicales puissent se barrer en paix, le cercueil, les vers de terre. Putain le compte est bon les gars ! »
La silhouette traverse la terrasse, inclinant sa nuque sous le canapé qui l'a jeté par-dessus bord, elle s'avance dans la poussière. Les échos transpercent les fenêtres ouvertes : « On est finis avant d'avoir commencé, ils nous l'ont dit gentiment, notre idéal écrasé, la gauche sociale a fait son temps... » Le jeune s'enfonce trébuchant entre les ombres des buissons. Pas assez de place entre quatre murs vomissant, il a dû s'écraser entre les orteils de la convenance. Il s'assoit sur un banc. Fuir l'immondice plastique merde. Enchainé comme une statue derrière le fauve cavalant. Là dedans, sa face n'est qu'une plaie, matraquée par la rétine du voisin, la bouche pâteuse et le crane dégoulinant sa substance par la porte de derrière. Nique sa mère.
Le noir mugissant dans le silence. Il se redresse sur son banc, regarde ses doigts, ses ongles sales, la chair en suspension du camarade Bardamu. La putréfaction est dans la file d'attente. Le puceau a les couilles pleines et l'½il déformé par la rage. Pas d'issues pour décharger sur son siège, la main tâtonnante ne trouve pas le flingue. De l'éducation castratrice, oui le bonheur c'est courir entre deux étaux qui se resserrent. Juste de la joie en bocal, on s'arrache les yeux pour la toucher, un emballage vide qu'on ne ramènera pas à la caisse. Un mur à chaque coin de la rétine, du phosphore blanc au diner. Un délice de fouet à la baguette, les jambes maigres courent sur les engranges de la mécanique, serre ta braguette faut pas basculer.
Tout se barre dans un délice vomitif, dans l'arche de Barack, le couteau à gauche, la fourchette à droite. Un déluge sacré sur les deux tours plus l'autre, la salle de classe, et le livre d'histoire, une gerbe dorée sur le fusil automatique et le vaccin. Tout se barre dans le dégueulis de mes tripes. Plop. L'aiguille fait sa ronde de paix, un cadavre tombe.
S'empaler dans l'ombre, ou la soulever ? Pas d'arbres et de buissons, il s'avance maintenant sur la pelouse bien tondue de Dany le jardinier. L'apaisement de la salle d'attente, ça pue la cravate et l'épiderme lyophilisé. Une odeur de laboratoire inquiète notre patient. A quand son tour ? Face à lui, projecteurs en plastique et puanteur chlorée. La lune éclaire le squelette pénétrant dans l'eau de la piscine déserte. Il se fond dans le liquide brulant d'une soirée d'été, brouillonné par le jour suffoquant. Réanimer le sacré qui git par terre les gars. Le corps à poil vient prendre l'hostie sous les étoiles. Noire et dégueulasse.
« Des anarchistes hein, une main sur la Bible l'autre sur la tige... Mais pour y arriver, pas de culture hors de ce crottin, ton avenir éclairé ce sera les mains dégueulasses ou au fond du trou mon pote, la liberté on dit.». Autour de la table basse, la petite élite de ce monde, les esprits vifs, ceux qui rient leur voisin en survêtement et s'assoient sur la bourgeoisie modeste, s'y mêlant parfois selon leurs intérêts. Si l'ombre enfumée d'un terrain vague ne s'accorde pas sans mal aux chemises et mocassins, toute ascension sociale consent bien quelques sacrifices. Et le réfractaire peut bien s'accommoder d'un uniforme.
« - Les grands Charles et François l'avaient mise bien profonde au drapeau rouge hein. Ca commence là la pisse d'opposition comme tu dis.
- De Gaulle l'avait mise profonde aux Ricains aussi. »
Deux corps se resserrent. La musique discordante des voix s'intensifie dans l'air opaque. « Deux avions pour trois tours qui tombent. Mort aux marxo-fascistes quoi, un vrai rebelle ça s'vaccine, sortez les seringues, ça s'perfuse à la peur z'ont dit. Mort aux sauvages merde ! Une chance la grippe ils disent là haut. Ca sonne pareil en bas, sauf que là ça résonne complot ils disent ceux de la haute. Ces ordures rentières déblatèrent pas dans une cave crade avec des crucifix de traviole et des robes bizarres, non dans les papelards officiels j'te dis.». L'½il vitreux : « La mécanique tourne plus vite quand la masse encrassée se pisse dessus, hein, faut bien de l'huile au moteur... »
Les esprits sont ralentis et les corps s'agitent, recouvrant certains fredonnements inconscients. Minuit et demi. Une voiture arrive. « C'est qui bordel ? ». Les cordes grésillent, sous une mèche, un froncement de sourcils. Plus loin, Kévin relève sa casquette et porte un regard rapide sur le guitariste affalé. Tolérable cette merde ? Il reprend son téléphone crachant de la variété urbaine et commence à remuer ses lèvres gercées. Deux portières claquent. Mieux vaut préserver le fond de sa gorge ce soir. Des pas qui s'éloignent du salon vers la nuit.Le vacarme des conversations se fige un instant. Une voix s'élève, les petits chefs s'agitent sur le canapé, une silhouette à l'extrémité de celui-ci s'emploie avec toute la discrétion possible pour ne pas en glisser. A cheval entre le matelas et le vide, une lutte sociale imperceptible. La guitare hurle encore au milieu de cet amas électrique. Un bout de chair chétive et de tissu, une main qui glisse sur un coussin. A travers les murs, l'écho d'une discussion. Des bruits de pas. Une ombre trébuchante qui s'éloigne du canapé, une autre qui apparait sous la porte avant qu'elle ne s'ouvre.
« Bonsoir messieurs les vendeurs de vin. Je viens pour une Révolution. »
La silhouette narquoise traverse une lumière circulaire et s'avance sur la terrasse.
Une main à la ceinture, les regards ne sont plus vitreux. Le sophiste cravaté sort de ses toilettes, un moine Aubagnais tire la chasse.
« Nos joyeuses têtes blondes sont toutes là, la raie bien droite, fini les curetons, Bernard-Henri Bakounine vient leur donner l'hostie verte, en costard sur son autel ! »
Les masques se contractent et les lèvres régurgitant leur vomi se pincent. Un ½il faussement vif : « Hé Fabio ! » Deux types sortent de la même voiture la vessie pleine et les poings serrés. « Oui moi aussi, quelle exaltation insurrectionnelle à ta vue mon cher Karl ! » Le dénommé esquisse un sourire de façade et une blonde dégueulasse fait dégouliner sa moue. « Bordel Karl, qu'est ce qu'ils viennent foutre là ces enfoirés ». Les murmures s'agitent, un jeune réajuste sa mèche et tente faiblement « Alors Kévin, toujours en vie ? » Pas de réponse. Lucifer est sur les planches. « J'ai en fait entendu parler d'une soirée prévention contre les acides, alors comme tout gaulliste convaincu, me voilà tout frétillant. » Il commence à poser sa main sur la table. « Sans déconner Fabio ...Bernard Henri Bakounine... » Il s'assoit : « Ouais, j'crois que c'est c'qui convient ma chère amie. Une fourche pour chaque tête vide, le drapeau noir, tout est réuni ce soir sur cette terrasse pour notre partie de cartes ! »
- Putain il arrive. »
Le petit monde s'agite bizarrement, des bouches béatement ouvertes dans l'air enfumé aux tremblements nerveux de celui qui vient de s'essuyer le nez.
« -Adolf Hitler vient se masturber sur nos gueules, joli programme les gars.
- Dans ce cas, ici le Reichstag messieurs dames ». Poussières de tension. « - Qu'est ce qu'y dit encore ?
- Oui, vous m'avez très bien compris. Je viens pour vous incendier la face, c'est l'usage dans ma dictature. Ma dictature juste.
- Qu'est ce vous foutez avec ce malade les gars ? Putain Salim sans déconner c'est qui ce type ? »
Fabio se redresse. Les trois se tiennent là face à la masse écrasée. Un jeune à l'écart attire Salim dans un coin de la terrasse. « - T'es toujours dans l'bâtiment toi ?
- On est tous dans le bâtiment mon frère. Sous un pont. » La silhouette élancée éclate de rire face dans l'effarement général : « Mais ton ami soulève une question intéressante Salim. A c'qu'on m'a raconté pour pas mal d'entre vous ça y est ! L'éducation touche à son but. L'épanouissement comment qu'on dit hein. On m'autorise enfin à travailler, avec un patron en plus. Plus qu'un toit pas trop ébréché, la voiture électrique, ma dulcinée catin, un f½tus qui pousse, une retraite perfusée où mes cervicales puissent se barrer en paix, le cercueil, les vers de terre. Putain le compte est bon les gars ! »
La silhouette traverse la terrasse, inclinant sa nuque sous le canapé qui l'a jeté par-dessus bord, elle s'avance dans la poussière. Les échos transpercent les fenêtres ouvertes : « On est finis avant d'avoir commencé, ils nous l'ont dit gentiment, notre idéal écrasé, la gauche sociale a fait son temps... » Le jeune s'enfonce trébuchant entre les ombres des buissons. Pas assez de place entre quatre murs vomissant, il a dû s'écraser entre les orteils de la convenance. Il s'assoit sur un banc. Fuir l'immondice plastique merde. Enchainé comme une statue derrière le fauve cavalant. Là dedans, sa face n'est qu'une plaie, matraquée par la rétine du voisin, la bouche pâteuse et le crane dégoulinant sa substance par la porte de derrière. Nique sa mère.
Le noir mugissant dans le silence. Il se redresse sur son banc, regarde ses doigts, ses ongles sales, la chair en suspension du camarade Bardamu. La putréfaction est dans la file d'attente. Le puceau a les couilles pleines et l'½il déformé par la rage. Pas d'issues pour décharger sur son siège, la main tâtonnante ne trouve pas le flingue. De l'éducation castratrice, oui le bonheur c'est courir entre deux étaux qui se resserrent. Juste de la joie en bocal, on s'arrache les yeux pour la toucher, un emballage vide qu'on ne ramènera pas à la caisse. Un mur à chaque coin de la rétine, du phosphore blanc au diner. Un délice de fouet à la baguette, les jambes maigres courent sur les engranges de la mécanique, serre ta braguette faut pas basculer.
Tout se barre dans un délice vomitif, dans l'arche de Barack, le couteau à gauche, la fourchette à droite. Un déluge sacré sur les deux tours plus l'autre, la salle de classe, et le livre d'histoire, une gerbe dorée sur le fusil automatique et le vaccin. Tout se barre dans le dégueulis de mes tripes. Plop. L'aiguille fait sa ronde de paix, un cadavre tombe.
S'empaler dans l'ombre, ou la soulever ? Pas d'arbres et de buissons, il s'avance maintenant sur la pelouse bien tondue de Dany le jardinier. L'apaisement de la salle d'attente, ça pue la cravate et l'épiderme lyophilisé. Une odeur de laboratoire inquiète notre patient. A quand son tour ? Face à lui, projecteurs en plastique et puanteur chlorée. La lune éclaire le squelette pénétrant dans l'eau de la piscine déserte. Il se fond dans le liquide brulant d'une soirée d'été, brouillonné par le jour suffoquant. Réanimer le sacré qui git par terre les gars. Le corps à poil vient prendre l'hostie sous les étoiles. Noire et dégueulasse.